Ma campagne des 18 jours (1)

Je dirai ma campagne parce qu’elle est spéciale.

 

Ce matin du 10 mai égrena ses heures sous un soleil bienfaisant. Nous attendions les instructions. Elles arrivèrent au début de l’après-midi : nous devions rejoindre la route qui menait à Ninove et nous placer de part et d’autre de la chaussée le plus possible à l’abri des regards. C’est là que nous eûmes la surprise de voir passer devant nous quelques véhicules. C’étaient des voitures tout terrain à déplacement rapide, chargées de soldats britanniques. Ce seront d’ailleurs les seuls que nous verrons durant les 18 jours.

 

Nous attendions camouflés au bord de la chaussée. Nous vîmes apparaître au loin des autobus (tous les mêmes, il s’agissait d’autobus de la région bruxelloise surmontés de pancartes publicitaires). On nous fit embarquer dans ces véhicules et nous voilà partis pour une destination inconnue.

 

La colonne roulait prudemment et lentement. Bientôt, la nuit tomba. Nous n’avions aucune idée de l’endroit où on nous emmenait ni des évènements qui se passaient sur la première ligne de défense.

 

Notre périple prit fin pendant la nuit. On nous débarqua à Wespelaar . Nous étions à l’orée d’un bois avec devant nous des pâturages. Ce n’est que le matin que nous aperçûmes au loin les premières habitations : elles étaient au moins à 300 mètres. Le lieutenant qui nous avait désigné l’emplacement que nous devions occuper, nous avait donné les objectifs à particulièrement surveiller. Ensuite, nous avions construit un abri avec des branchages.

 

Pendant les trois premiers jours, il ne se passa rien. Mais, de temps en temps, on entendait au loin gronder le canon. Sinon, aucune nouvelle ne filtrait sur la situation des belligérants.

 

Un beau matin, nous reçûmes la visite d'un aumônier. Il était accompagné par l'ordonnance du lieutenant. Il bénit le groupe et donna la communion à ceux qui le désiraient.

 

La nuit tomba. L'artillerie se mit à tirer. Cela n'arrêta pas durant toute la nuit. On entendait les feuilles trembler au-dessus de nos têtes à chaque passage d'obus. Cela ne cessa qu'à l'aube.

Pendant la nuit, j’avais été envoyé en patrouille avec deux hommes pour inspecter ce qui se passait devant nous. On nous avait donné un mot de passe. Nous avions marché trois cents mètres lorsque nous rencontrâmes un militaire. Il ne connaissait pas le mot de passe ! On ne le lui avait pas donné ! Il nous renseigna sur le chemin à suivre pour nous rendre aux barrières de protection qui avaient été construites pendant la mobilisation.

 

Nous avons marché un bon bout de temps en inspectant à gauche, à droite dans le noir. Nous n'avions rien remarqué d'anormal. Je décidai donc de rebrousser chemin et de rejoindre notre poste de défense. Je pus enfin dormir un peu.

 

La journée suivante se passa calmement. De temps en temps, on entendait des rafales d'armes automatiques, des tirs d'artillerie et le passage d'avions haut dans le ciel. Au crépuscule, les tirs d'artillerie reprirent comme la nuit précédente. Mais au milieu de la nuit, je fus réveillé par le lieutenant qui m'avertit que nous devions décrocher et aller rejoindre une grand route pas très éloignée. Nous abandonnâmes de suite notre position et nous rendîmes au lieu indiqué.

 

Nous étions à peu près les derniers à rallier le lieu de rassemblement. La colonne regroupée, nous partîmes immédiatement partagés en deux files de part et d’autre de la chaussée. On avait beau questionner les supérieurs, c’était au compte-goutte qu’on nous répondait. Nous battions en retraite, évidemment.

 

La troupe sans bruit marchait, marchait. Le commandant et les lieutenants portaient leurs hommes et nous incitaient à nous dépêcher.

 

Nous arrivâmes à hauteur de Vilvorde, au canal de Willebroek. Quelques gendarmes nous firent courir pour traverser le canal. On nous disait que d’ici quelques minutes, le pont sauterait. Quelle débandade ! C’était inimaginable. Je vois encore la cuisine et le matériel tirés par des chevaux au milieu du pont. Pauvres bêtes ! Elles se demandaient certainement ce qu’on leur voulait, pourquoi on les obligeait à courir pour franchir ce pont.

 

Après cette péripétie, nous reprîmes notre marche pendant quelques kilomètres en direction d’Alost. A un moment donné, on arrêta la colonne. C’est là que je me rendis compte que c’était la débâcle ! Des unités entières passaient à côté de nous, fuyant vers l’ouest, encore plus en désordre que nous ne l’étions. Nous commencions à être très démoralisés…

 

Après cette halte de deux heures au moins, nous nous étions un peu reposés. La colonne se remit en route vers l’ouest. On marchait quelques centaines de mètres, on s’arrêtait et on se couchait là où nous ne pouvions pas être vus. Après quelques instants, on se remettait en route.

 

C’est vers six heures du soir que l’on s’arrêta pour de bon. Nous apprîmes qu’un bataillon avait été désigné pour rester en arrière-garde afin de protéger notre retraite.

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Véhicule tout terrain anglais

 

 

Autobus bruxellois 1940

 

 

 

 

 

 

 

 

Artillerie allemande

 

 

 

 

Soldats belges 1940 et chevaux

 

Vilvorde

Le Pont et le Canal de Willebroek

 

 

 

 

 

 

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